Santé visuelle
Le dépistage visuel en milieu scolaire au Maroc : état des lieux
Initiatives locales, absence de programme national et enjeux pour les enfants : cartographie du dépistage scolaire au Maroc.

Vingt pour cent. C’est la proportion d’enfants en âge scolaire au Maroc qui souffrent de troubles visuels non diagnostiqués, selon les estimations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Un enfant sur cinq arrive en classe avec une vision déficiente qui complique sa lecture, brouille le tableau, fatigue ses yeux et, progressivement, fragilise ses apprentissages. Et dans la plupart des cas, ni l’enfant, ni ses parents, ni ses enseignants ne le savent.
C’est l’une des manifestations les plus criantes et les plus évitables des inégalités de santé qui pèsent sur la réussite scolaire. Et c’est là que l’opticien, professionnel de proximité accessible et compétent, a un rôle essentiel à jouer.
Comme l’a souligné Ouail Ouahi lors du CNOL 2024, « certains enfants ne sont pas paresseux, mais ils présentent dans plusieurs cas un problème de vue, induisant des difficultés d’intégration et d’apprentissage en classe ». Ce constat, partagé par les ophtalmologistes marocains qui décrivent la myopie comme une « épidémie silencieuse », appelle une réponse structurée, pérenne et impliquant tous les acteurs de la santé visuelle — à commencer par les opticiens.
Ce que disent les données marocaines
Les données spécifiques au Maroc restent lacunaires : aucun programme national de dépistage visuel scolaire systématique n’existe à ce jour, mais les études disponibles convergent vers des prévalences préoccupantes. Selon les ophtalmologistes marocains, 25 % des cas d’amétropies chez les enfants correspondent à une myopie, en constante augmentation depuis plusieurs décennies. Les troubles réfractifs non corrigés, myopie, hypermétropie et astigmatisme sont les plus fréquents et les plus facilement corrigeables, mais ils passent souvent inaperçus faute de dépistage. Une étude menée dans le cadre du projet pilote PlanVue® confirme la prévalence élevée des troubles réfractifs non corrigés chez les enfants d’âge scolaire : sur l’ensemble de la population dépistée, 12 % des enfants nécessitaient une correction optique dont ils n’étaient pas pourvus.
Ce chiffre, établi dans un contexte français mais particulièrement pertinent pour éclairer la situation marocaine, illustre l’ampleur d’une problématique dont les conséquences sur les apprentissages sont documentées et graves.
Un vide organisationnel à combler
Au Maroc, le dépistage visuel en milieu scolaire repose essentiellement sur la médecine scolaire, un dispositif lui-même insuffisamment doté en personnels et en moyens, et sur l’initiative individuelle des parents avertis, qui consultent spontanément un ophtalmologiste ou un opticien lorsqu’ils observent des difficultés visuelles chez leur enfant. Cette configuration laisse de côté une proportion considérable d’enfants, en particulier dans les zones rurales et les milieux socioéconomiques défavorisés.
Il n’existe pas, à ce jour, de protocole national standardisé de dépistage visuel en milieu scolaire au Maroc, ni de partenariat institutionnel structuré entre le Ministère de la Santé, le Ministère de l’Éducation Nationale et les organisations professionnelles d’opticiens ou d’ophtalmologistes. Ce vide est à la fois un constat alarmant et une opportunité pour la profession optique de proposer une contribution concrète et valorisante.
Le rôle que l’opticien peut et doit jouer
Dans ce contexte, l’opticien dispose de plusieurs leviers d’action concrets pour contribuer au dépistage visuel des enfants scolarisés.
Le premier est l’action directe en officine : systématiser l’évaluation visuelle des enfants qui accompagnent leurs parents lors des visites, mettre en place un protocole d’accueil spécifique pour les enfants de 3 à 15 ans, documenter les résultats et orienter vers l’ophtalmologiste dans les cas nécessitant un avis médical. Le deuxième levier est le partenariat avec les établissements scolaires du quartier ou de la commune. Des opticiens marocains ont déjà initié des actions ponctuelles de sensibilisation ou de dépistage dans des écoles, souvent à l’occasion de la Journée Mondiale de la Vue en octobre.
Ces initiatives, encore trop rares et trop dispersées pour constituer un programme cohérent, démontrent néanmoins la faisabilité et l’impact positif d’une implication de la profession dans le milieu scolaire. Le troisième levier est la communication préventive. Afficher dans le magasin des informations sur les signes évocateurs de troubles visuels chez l’enfant, distribuer des flyers aux parents lors des visites, publier des contenus éducatifs sur les réseaux sociaux à l’approche des rentrées scolaires : ces actions simples et peu coûteuses contribuent à sensibiliser les familles et à réduire le délai entre l’apparition d’un trouble et sa détection.
Un plaidoyer collectif à porter
Au-delà des actions individuelles, la profession optique doit porter collectivement, via ses organisations représentatives, un plaidoyer pour la création d’un programme national de dépistage visuel scolaire au Maroc. Un tel programme, impliquant les opticiens en partenariat avec la médecine scolaire et les ophtalmologistes, permettrait de toucher systématiquement l’ensemble des enfants scolarisés et de réduire significativement la prévalence des troubles visuels non diagnostiqués.
Il constituerait également une reconnaissance institutionnelle forte du rôle sanitaire de l’opticien dans le parcours de santé de l’enfant.
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