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Maroc Optique N°55Opticiens en Milieu Rural au Maroc : Portraits Croisés de Praticiens Engagés
Dans les vastes étendues rurales du Maroc, loin des centres urbains densément pourvus en services de santé, l’opticien revêt des rôles multiples : il est un professionnel de la vue, mais aussi un éducateur, un conseiller, et parfois même un dernier recours pour des populations isolées

Dans les vastes étendues rurales du Maroc, loin des centres urbains densément pourvus en services de santé, l’opticien revêt des rôles multiples : il est un professionnel de la vue, mais aussi un éducateur, un conseiller, et parfois même un dernier recours pour des populations isolées. La santé visuelle est l’un des domaines les plus touchés par les inégalités territoriales, créant un fossé profond entre les citadins et les habitants des campagnes.
Le Défi de l’Accès aux Soins Optiques en Milieu Rural
Alors que les grandes villes marocaines bénéficient d’un réseau relativement dense de cabinets d’ophtalmologie et de magasins d’optique, avec une moyenne d’environ 1 opticien pour 10 000 habitants dans des villes comme Casablanca ou Rabat, la situation est drastiquement différente dans les zones rurales. Ici, l’accès aux soins optiques de base est souvent limité, voire inexistant. Dans certaines provinces reculées, on estime qu’il n’y a qu’1 opticien pour 50 000 habitants, voire plus, ce qui représente un défi majeur pour la détection et la correction des troubles visuels.
Pourtant, au cœur de ces territoires, des professionnels animés d’une conviction profonde s’engagent. Pour eux, l’optique n’est pas un luxe, mais un droit fondamental.
Khadija, opticienne à Taza, témoigne de cette réalité poignante : « Il m’arrive de recevoir des enfants qui n’ont jamais vu un tableau d’école correctement. Quand on pose la première paire de lunettes sur leur nez, ils redécouvrent le monde. » Ces moments, où une simple paire de lunettes peut transformer l’avenir scolaire d’un enfant, illustrent l’impact profond de leur travail. Des études montrent que la correction visuelle peut améliorer les performances scolaires de 20 à 30% chez les enfants atteints d’amétropies non corrigées.
La Province de Tinghir, avec une population d’environ 322 412 habitants (chiffres de 2014) répartie sur une superficie de 13 007 km2, est caractérisée par une forte densité rurale. La ville de Tinghir elle-même compte environ 42 044 habitants (2014), mais les zones rurales environnantes abritent la majorité de la population.
Dans ce vaste territoire, où les infrastructures de santé et les services spécialisés sont rares, Youssef est l’un des rares opticiens à s’aventurer au-delà des centres urbains. Là où d’autres opticiens sont quasiment absents, les habitants des douars (villages) n’ont souvent pas d’autre choix que de parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres pour espérer trouver un professionnel de la vue.
Une Réalité entre Sacrifices et Impact Social
Ces témoignages révèlent une réalité complexe pour les opticiens ruraux : un isolement professionnel marqué, un manque criant de moyens techniques modernes (la topographie cornéenne ou la biomicroscopie, pourtant essentielles pour la contactologie avancée, sont rares voire inexistantes dans ces régions), et une faible rentabilité due à un pouvoir d’achat limité des populations. En effet, le revenu moyen par habitant en milieu rural est significativement inférieur à celui des villes, impactant la capacité des ménages à investir dans des équipements optiques.
Malgré ces difficultés, l’impact sur la population est considérable. La correction d’une simple amétropie peut prévenir des cas de cécité évitable (estimée à 80% des cas selon l’OMS) et améliorer la qualité de vie de milliers de personnes.
Les Voies de la Reconnaissance et du Soutien
Face à cette situation, les associations professionnelles du secteur de l’optique militent activement pour des solutions concrètes :
-La création de structures itinérantes permanentes : Sur le modèle des cliniques mobiles, ces unités pourraient desservir régulièrement les zones les plus isolées.
-L’instauration de primes d’installation et de subventions pour les opticiens en zones rurales : Cela inciterait les jeunes diplômés à s’établir dans ces régions sous- desservies. Des initiatives similaires dans d’autres pays ont montré une augmentation de l’installation de professionnels de la santé de l’ordre de 15 à 25% dans les zones ciblées.
-Le développement de partenariats public-privé : Une collaboration entre le ministère de la Santé, les collectivités locales et les professionnels de l’optique pourrait faciliter le déploiement de services optiques, y compris la mise en place de journées de dépistage gratuites ou subventionnées.
Ces opticiens ruraux ne sont pas seulement des entrepreneurs, ils sont les gardiens silencieux d’un droit fondamental à voir. Leur engagement, souvent dans l’ombre, mérite d’être pleinement reconnu et soutenu par des politiques publiques volontaristes.
En complément des mesures structurelles pour soutenir les opticiens en milieu rural, il est crucial de mettre en place des actions concrètes pour sensibiliser les populations à l’importance de la santé visuelle et aux services disponibles.Sans une meilleure compréhension de ces enjeux, même la présence d’opticiens dévoués ne suffira pas. Voici quelques pistes :
1. Campagnes de Sensibilisation Locales et Itinérantes
Des campagnes de sensibilisation ciblées et régulières sont essentielles. Elles devraient être menées directement dans les douars et les petits villages, en utilisant des formats adaptés aux populations locales :
• Projection de films et de courts métrages éducatifs : Utiliser des supports visuels simples et parlants, traduits en dialectes locaux, qui montrent l’impact des troubles visuels sur la vie quotidienne (école, travail, sécurité) et les bénéfices de la correction. Des témoignages d’habitants ayant retrouvé une bonne vue grâce aux lunettes pourraient être très efficaces.
• Distribution de dépliants et affiches illustrés : Des documents clairs, avec peu de texte et beaucoup d’images, expliquant les signes d’un problème de vue et l’importance du dépistage régulier. Ces supports pourraient être distribués dans les écoles, les centres de santé ruraux, les marchés hebdomadaires et les mosquées.
2. Partenariats avec les Acteurs Locaux
Pour maximiser l’impact, il est vital de s’appuyer sur les réseaux et figures d’autorité locales :
• imams, Moqaddems et Chefs de douar : Ces figures respectées peuvent relayer les messages de sensibilisation lors des rassemblements communautaires ou des discussions informelles. Leur approbation confère une légitimité forte aux initiatives de santé visuelle.
• Écoles et enseignants : Les écoles sont des lieux privilégiés pour le dépistage et la sensibilisation. Des programmes de dépistage visuel scolaire, menés par les opticiens ou des bénévoles formés, permettraient d’identifier précocement les problèmes chez les enfants. Les enseignants, formés aux signes d’alerte, pourraient jouer un rôle clé.
• Associations locales et coopératives : Collaborer avec des associations de développement local ou des coopératives agricoles pour organiser des journées de dépistage, des ateliers d’information ou des démonstrations de l’équipement optique.
3. Jours de Dépistage et Consultations Gratuites ou à Coût Réduit
Pour encourager les premières visites et lever les freins financiers, des initiatives ponctuelles peuvent être très efficaces.