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Maroc Optique N°65

La téléconsultation visuelle au Maroc : opportunité ou menace pour l’opticien de proximité ?

La télémédecine marocaine a connu une évolution législative remarquable pour un pays africain. Dès 2015, la loi n° 131-13 relative à l’exercice de la médecine a intégré la télémédecine dans ses articles 99 à 102, faisant du Maroc l’un des rares pays du continent à disposer d’un cadre législatif structuré. Ce cadre a été précisé par le décret d’application n° 2-18-378, entré en vigueur le 25 juillet 2018, qui définit cinq actes télémédicaux

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La téléconsultation visuelle

La télémédecine marocaine a connu une évolution législative remarquable pour un pays africain. Dès 2015, la loi n° 131-13 relative à l’exercice de la médecine a intégré la télémédecine dans ses articles 99 à 102, faisant du Maroc l’un des rares pays du continent à disposer d’un cadre législatif structuré. Ce cadre a été précisé par le décret d’application n° 2-18-378, entré en vigueur le 25 juillet 2018, qui définit cinq actes télémédicaux : téléconsultation, télé-expertise, télésurveillance, téléassistance médicale et réponse médicale. Une révision de ce décret a été adoptée en janvier 2021 pour intégrer les leçons de la pandémie de Covid-19

et assouplir certaines conditions d’exercice. Plus récemment, en février 2024, une convention-cadre a été signée à Rabat pour accélérer le déploiement du dossier médical partagé et de la feuille de soins électronique dans les établissements de santé et les cabinets médicaux.

Une particularité importante du cadre marocain doit être connue des opticiens : le décret de 2018 stipule que la téléconsultation ne peut se faire que si le patient est accompagné physiquement d’un professionnel de santé. Les téléconsultations directes entre médecin et patient seul sont techniquement hors du cadre légal strict, même si la pratique a largement débordé ce cadre durant la pandémie. Cette exigence a une implication directe pour les opticiens : dans une configuration de téléconsultation ophtalmologique déployée à partir d’un magasin d’optique, l’opticien présent aux côtés du patient joue précisément le rôle de professionnel de santé de proximité requis par la loi.

Ce que la téléconsultation visuelle peut et ne peut pas faire

Les outils de mesure à distance: autoréfractomètres connectés, tests d’acuité visuelle numériques, imagerie cornéenne transmise en temps réel , permettent à un ophtalmologiste distant d’évaluer la réfraction d’un patient sans consultation physique. Ces outils ont fait des progrès remarquables. Cependant, leurs limites cliniques sont réelles : l’examen du fond d’œil, la mesure de la pression intraoculaire, l’évaluation de la convergence et de l’accommodation, la détection de pathologies cornéennes subtiles ne peuvent pas être réalisés à distance avec la fiabilité d’un examen en présentiel.

La téléconsultation peut renouveler une ordonnance pour un patient stable dont la réfraction est connue ; elle ne peut pas remplacer le bilan visuel complet pour un nouveau patient ou pour un patient présentant des symptômes inhabituels. Cette limite clinique est à la fois une protection pour le patient et une préservation du rôle irremplaçable de l’opticien et de l’ophtalmologiste en présentiel.

Un désert médical en ophtalmologie qui crée une opportunité

Le Maroc souffre d’une pénurie structurelle d’ophtalmologistes, avec une densité très inférieure aux recommandations de l’OMS.

Cette pénurie est inégalement distribuée : les praticiens sont concentrés dans les grandes villes: Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir laissant les villes moyennes et les zones rurales largement sous-dotées. Les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous ophthalmologique peuvent atteindre plusieurs mois dans certaines régions. Dans ce contexte, la téléconsultation représente une opportunité réelle d’améliorer l’accès aux soins visuels spécialisés pour des populations qui n’y ont pas accès aujourd’hui.

Pour l’opticien qui dispose d’un équipement adapté et d’un partenariat avec une plateforme de téléconsultation ophtalmologique, cette configuration crée une valeur ajoutée considérable pour sa clientèle et renforce son positionnement de professionnel de santé de premier recours. Elle lui permet également de facturer des prestations de préparation ou d’accompagnement de la téléconsultation, dans le cadre de conventions à définir avec les opérateurs de télémedecine et les autorités sanitaires.

La posture stratégique : complémentarité, pas résistance

La posture la plus intelligente pour les opticiens marocains face à la téléconsultation est celle de la complémentarité active. Plutôt que de la percevoir comme une menace à leur modèle, ils peuvent s’en saisir comme d’un outil qui renforce leur utilité dans le système de soins. Des partenariats avec des plateformes comme celles qui se développent au Maroc dans le respect du cadre légal défini par le décret 2-18-378 et ses révisions permettraient à l’opticien d’offrir à ses clients un premier niveau d’évaluation spécialisée à distance, suivi d’un équipement ou d’un suivi physique dans son établissement. Ce modèle hybride préserve et renforce la valeur ajoutée de l’opticien tout en étendant son périmètre d’action.