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Maroc Optique N°68

Basse vision au Maroc : un besoin immense, une spécialité encore négligée

Lorsqu’une personne ne peut plus retrouver une vision suffisante avec des lunettes classiques,un traitement médical ou une intervention chirurgicale

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Basse vision au Maroc

Lorsqu’une personne ne peut plus retrouver une vision suffisante avec des lunettes classiques,un traitement médical ou une intervention chirurgicale, elle entend parfois une phrase particulièrement difficile : « Il n’y a plus rien à faire. »

Il peut effectivement ne plus être possible de guérir la maladie ou de restaurer une acuité visuelle normale. Mais cela ne signifie pas qu’aucune aide ne peut être apportée.

La réhabilitation en basse vision cherche à permettre à la personne de mieux utiliser sa vision restante, de reprendre certaines activités et de préserver autant que possible son autonomie.

Cette prise en charge ne doit pas être confondue avec la simple délivrance d’une loupe. Elle commence par une question essentielle : que souhaite pouvoir faire la personne ?

Lire un message, reconnaître un visage, regarder la télévision, identifier ses médicaments, utiliser son téléphone, cuisiner ou se déplacer sont des objectifs différents qui nécessitent des solutions différentes.

Deux personnes présentant une acuité visuelle similaire peuvent rencontrer des difficultés totalement opposées. L’une peut avoir perdu sa vision centrale tout en conservant une bonne vision périphérique. Une autre peut voir au centre mais disposer d’un champ visuel extrêmement réduit. Une troisième peut surtout être gênée par l’éblouissement et la perte de contraste.

La prise en charge doit donc être individualisée.

Des solutions optiques, numériques et environnementales

La basse vision peut être liée à différentes maladies : dégénérescence maculaire, glaucome avancé, rétinopathie diabétique, forte myopie pathologique, atteinte du nerf optique ou maladies rétiniennes héréditaires.

Les aides optiques comprennent notamment les loupes à main, les loupes sur pied, les systèmes fortement grossissants, les télescopes et certains filtres destinés à réduire l’éblouissement.

Le choix du grossissement doit être réalisé avec prudence. Un grossissement plus important ne signifie pas toujours un meilleur résultat. Lorsque le grossissement augmente, le champ observé peut se réduire et la distance de travail devenir plus courte.

Une aide doit donc être testée sur l’activité réelle du patient. Il est beaucoup plus utile de lui demander de lire son propre téléphone, une facture ou une boîte de médicament que de lui faire uniquement lire un texte standard dans le magasin.

Les solutions non optiques sont parfois aussi importantes que les loupes. Un éclairage correctement orienté, un meilleur contraste, un pupitre de lecture ou une organisation différente du domicile peuvent améliorer fortement le confort.

Les technologies numériques ont également transformé la basse vision. Les smartphones et les tablettes permettent d’agrandir les caractères, de lire les textes à voix haute, de modifier le contraste ou d’utiliser la caméra comme loupe.

Des applications peuvent reconnaître un texte, identifier un objet ou aider la personne à retrouver certaines informations. Ces outils sont souvent déjà présents dans le téléphone du patient, mais celui-ci ignore comment les activer.

Une prise en charge qui ne peut pas être isolée

La basse vision nécessite une collaboration entre plusieurs professionnels.

L’ophtalmologiste établit le diagnostic et assure le suivi de la maladie. L’opticien formé à la basse vision peut sélectionner et adapter les aides. L’orthoptiste peut accompagner l’apprentissage, les stratégies de lecture et l’utilisation de la vision restante.

Selon la situation, l’intervention d’un ergothérapeute, d’un psychologue ou d’un spécialiste de l’orientation et de la mobilité peut également être nécessaire.

Cette coordination reste encore insuffisamment organisée. De nombreux patients et leurs familles ne savent pas vers qui se tourner, particulièrement en dehors des grandes villes. Certains découvrent les aides basse vision plusieurs années après le début de leurs difficultés.

L’opticien marocain peut jouer un rôle important à condition de se former. Il peut écouter les besoins du patient, réaliser des essais, proposer des solutions d’éclairage, configurer certaines fonctions d’accessibilité et organiser un suivi.

Mais il ne suffit pas d’exposer quelques loupes dans une vitrine pour devenir spécialiste de la basse vision. Cette activité demande du temps, du matériel de démonstration, un espace calme et une méthode d’évaluation.

Un espace basse vision peut être relativement simple. Il doit proposer plusieurs éclairages, des textes de tailles différentes, des loupes de plusieurs puissances, quelques solutions électroniques et une table permettant de tester des activités réelles.

Apprendre à utiliser l’aide

Une aide mal expliquée sera souvent abandonnée. Le patient doit apprendre à trouver la bonne distance de travail, à positionner la lumière et à déplacer correctement le texte ou le dispositif.

L’accompagnement est aussi important que le produit lui-même. La perte visuelle peut provoquer une diminution des activités, une perte de confiance et un isolement progressif. Retrouver la possibilité de lire quelques lignes, de reconnaître une photographie ou d’utiliser son téléphone peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie.

Le développement de la basse vision au Maroc représente donc un enjeu sanitaire, social et professionnel. Le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques rendent cette spécialité de plus en plus nécessaire.

Même lorsque la maladie ne peut plus être guérie, il reste souvent beaucoup à faire pour permettre à la personne de mieux utiliser sa vision et de préserver son autonomie.

Dire « il n’y a plus rien à faire » devrait devenir l’exception. La bonne réponse est plutôt de rechercher ce qu’il est encore possible d’améliorer.