Santé visuelle · Afrique
Maroc Optique N°65Accès aux équipements optiques en Afrique subsaharienne : état des lieux et modèles alternatifs de distribution
L’Afrique subsaharienne concentre une proportion disproportionnée du fardeau mondial de la déficience visuelle non corrigée. Selon les estimations de l’OMS et de l’IAPB, les erreurs de réfraction non corrigées: myopie, hypermétropie, astigmatisme, presbytie représentent la première cause de déficience visuelle dans le monde,

L’Afrique subsaharienne concentre une proportion disproportionnée du fardeau mondial de la déficience visuelle non corrigée. Selon les estimations de l’OMS et de l’IAPB, les erreurs de réfraction non corrigées: myopie, hypermétropie, astigmatisme, presbytie représentent la première cause de déficience visuelle dans le monde, touchant plus de 2,6 milliards de personnes. En Afrique subsaharienne, la prévalence de la myopie dans la population générale est estimée entre 3,5 et 15 % selon les zones, avec des taux plus élevés dans les populations urbaines scolarisées, en progression rapide sous l’effet de l’urbanisation et de la scolarisation. La presbytie, quant à elle, touche pratiquement l’ensemble des adultesdeplusde40ans,une population en forte croissance sur le continent et est massivement non corrigée faute d’accès à des équipements de correction simple et peu coûteux.
Un déficit structurel en professionnels : des chiffres qui interpellent
La pénurie de professionnels de la vue est le premier obstacle à l’accès aux soins visuels en Afrique subsaharienne. Dans de nombreux pays, le ratio opticiens/population est de l’ordre d’un professionnel pour 500 000 à un million d’habitants.
À titre de comparaison, la France compte un opticien pour environ 4 500 habitants, et le Maroc, avec un ratio estimé autour d’un pour 10 000 à 15 000 habitants, présente déjà une densité faible par rapport aux standards des pays à revenus élevés. Ces chiffres illustrent l’ampleur du déficit à combler.
Cette désertification professionnelle résulte d’une combinaison de facteurs : absence d’instituts de formation locaux, émigration des professionnels formés vers des marchés plus rémunérateurs, et faible attractivité économique d’une profession dont les revenus sont contraints par le faible pouvoir d’achat local. Au Mali, au Niger, en Guinée et dans une grande partie de l’Afrique centrale, des régions entières peuplées de plusieurs millions de personnes n’ont aucun accès à une correction visuelle professionnelle.
Le coût prohibitif des équipements importés : une barrière tarifaire majeure
Dans la quasi-totalité des pays d’Afrique subsaharienne, les montures, verres et équipements de mesure sont importés et subissent des droits de douane, des frais de transport et des marges de distribution qui les rendent inaccessibles à la majorité de la population. Une paire de lunettes correctrices basique peut se retrouver sur le marché à un prix équivalent à plusieurs semaines de salaire, une barrière financière quasi insurmontable pour les couches populaires, qui représentent la grande majorité des populations qui ont pourtant le plus besoin d’une correction.
Cette réalité alimente un marché informel des lunettes « prêt-à-porter » vendues sans examen préalable sur les marchés, qui répond à une demande réelle mais génère des risques cliniques documentés : corrections inadaptées, inconfort chronique, maux de tête, fatigue visuelle aggravée.
Les initiatives alternatives qui fonctionnent
Plusieurs modèles innovants ont démontré leur efficacité pour pallier ces déficits. Les cliniques visuelles mobiles: unités itinérantes qui se déplacent dans les zones rurales reculées ont prouvé leur pertinence au Kenya, en Éthiopie et au Rwanda. Les programmes de lunettes à faible coût, développés par des organisations comme VisionSpring ou OneDollarGlasses, proposent des montures produites localement ou régionalement à des coûts très réduits, associées à des examens réalisés par des agents communautaires formés aux techniques de réfraction basique.
Le Maroc, qui a développé son propre concept d’Optical Roadshow consistant à porter la formation et l’échange directement dans les régions dispose d’un modèle exportable particulièrement adapté aux réalités africaines. L’idée d’aller vers les professionnels plutôt que de les contraindre à se déplacer vers des centres urbains souvent éloignés et coûteux à atteindre répond précisément aux contraintes de mobilité et de ressources caractéristiques du contexte subsaharien.
Le rôle stratégique du Maroc et du CNOL dans cette dynamique
Le Maroc dispose d’atouts objectifs pour jouer un rôle de référence dans le développement de l’accès aux soins visuels en Afrique subsaharienne. Sa position de hub continental dans les domaines de la formation, de la coopération sanitaire et des échanges professionnels se traduit déjà dans d’autres secteurs médicaux. Dans le domaine de l’optique, le CNOL représente la vitrine la plus visible de cette ambition : en ouvrant davantage le congrès aux professionnels africains en facilitant leur participation, en intégrant des sessions dédiées aux réalités du continent et en créant des espaces formels d’échange, le secteur optique marocain peut transformer cet événement national en carrefour continental influent. Cette ouverture renforcerait le rayonnement du Maroc comme hub de référence, tout en enrichissant le congrès lui- même de la diversité des expériences africaines.